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Je suis une femme noire et je n’ai jamais regardé When They See Us

La victoire de l’acteur Jharrel Jerome aux Emmys me comble de joie, pourtant des mois après la sortie de la série When They see Us sur Netflix, elle me dérange toujours autant.

Oui je sais je suis assez contradictoire mais la vie est ainsi faite. Je n’ai que de l’amour pour Ava Duvernay qui a créé cette mini série.

Le pitch pour celleux qui n’ont pas suivi : Cinq adolescents noirs (c’est important de le souligner) se retrouvent au mauvais endroit et au mauvais moment, et vont être contraints d’avouer un crime qu’ils n’ont pas commis : le viol d’une joggeuse àCentral Park.

Ils seront condamnés et passeront de longues années en prison jusqu’au jour où les aveux du véritable violeur (blanc) permettront enfin de les innocenter.

J’ai décidé que je n’allais pas regarder la série car ça sera sans moi pour l’ère du trauma porn, j’ai déjà donné. Dix ans qu’on romance les violences policières tellement que ça devient de plus en plus de la fiction pour les gens. Tout ce matraquage médiatique autour d’une histoire aussi poignante m’a beaucoup gênée. J’en ai marre que la souffrance noire ne soit légitime que pour nourrir la société du spectacle de nos corps et de nos vies broyés par tout un système.

Voilà en tant que femme noire ce que j’en ai à dire. Ce qui me fait me poser encore la question, qui est vraiment la cible pour ce genre d’histoires ?

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Queen Sugar et la vulnérabilité de l’homme noir

C’est l’un de mes coup de cœur 2016, Queen Sugar créée et dirigée par le cinéaste Ava DuVernay à qui on doit Selma et I will Follow. Elle nous offre avec cette série une vision intimiste de la vie d’une famille afro-américaine en Louisiane. Je souhaite parler dès maintenant (avant visionnage des derniers épisodes) de Queen Sugar qui j’espère aura beaucoup de saisons, parce qu’elle est la preuve vivante de l’utilité du slogan #RepresentationMatters.

Le synopsis pour celleux qui ont pas encore vu : Suite au tragique décès de leur père, trois frère et sœurs doivent unir leurs forces pour reprendre les rennes de la ferme familiale de canne à sucre.

Les personnages ont été écrites par une afro-américaine et ça se voit. Jamais dans le cliché, et surtout sans fard, aucune fausse note jusqu’au choix du soundtrack musique qui est juste parfaite.
Queen Sugar c’est également une série qui tombe à pic en ces moments troubles de tension raciale aux USA. Là je précise aux États-Unis parce que cette série soulève des problématiques spécifiques aux afro-américains et aux afros vivant aux USA. Cela n’empêche en rien de trouver des similitudes avec la situation des Noirs en général, mais il ne faut surtout pas trop s’approprier l’histoire que veut nous raconter Ava DuVernay. Je sais que ma phrase peut sonner bizarrement, mais tous les détails sont «américano centré» du choix du décor (la plantation de canne pour la grande majorité des scènes), de la ville (Louisiane) et aussi de la narration. Pour ma part, je peux apprécier une série sans qu’elle me soit forcément destinée et ce qu’il y’a pour moi de plus percutant c’est le rôle de Ralph Angel interprété par le magnifique Kofi Siriboe.

COUCOU TOI
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Plus sérieusement ce rôle est en opposition directe avec les stéréotypes souvent associés à l’homme noir à la télé. Mais sans faire abstraction des préjugés lié à la condition d’homme noir. Le plus souvent on se retrouve avec la mère célibataire et le père absent, Ava DuVernay fait le contraire et montre plutôt la vie d’un père célibataire. Ces galères de père célibataire, ancien prisonnier qui essaie de combattre un système ou qu’importe le choix, le perdant sera toujours lui. Entouré de deux sœurs, il est celui ayant le moins réussi socialement et ce n’est pas anodin.

Je suis fan de séries pour des chef-d’œuvre de ce genre, dans une société américaine ou les hommes afros sont incarcérés en masse alors que les femmes afro-américaines sont de plus en plus diplômées ce qui ne les protège pas pour autant mais autre débat, réussir à nous montrer la vulnérabilité de l’homme noir, mais aussi le traitement sexe/race de la société américaine dans toutes ses sournoiseries relève tout simplement du génie.