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Les Oscars et le trauma porn

En 2016 j’écrivais déjà sur #Oscarssowhite et 4 ans plus tard rien n’a vraiment changé.

Lupita Nyong’o, Jennifer Lopez, Awkwafina

J’ai vu passer sur Twitter tellement de conversations concernant leurs performances cinématographiques. Mais les Oscars préfèrent cultiver l’entre soi. On se retrouve encore avec que des hommes blancs nominés pour Best Director, à l’exception de Bong Joon-Ho pour Parasite. Et pour en rajouter une couche, aucune femme à l’horizon dans les nominations, pourtant cette année il y avait Marielle Heller, Gerwig, Scafaria.

Pour la prestation de Lupita Nyongo dans Us salué par beaucoup, on le savait déjà que le genre horreur ne trouve jamais grâce aux yeux de l’Académie. On aurait pu croire que Lupita livrant une performance exceptionnelle en jouant non pas un mais deux rôles trouve grâce à leurs yeux !

Mais The Academy veut rester hors sujet.

Il y’a aussi l’oubli d’Eddie Murphy. D’ailleurs si vous avez l’occasion regardez Dolemite is my name, un film émouvant et poignant !

En vrai on se retrouve avec une seule nomination d’une Noire, Cynthia Erivo qui joue encore je vous le donne en mille… une esclave.

Pardon mais il est nécessaire de souligner ce besoin de trauma porn dès que les Noirs sont concernés.

D’ailleurs vous le savez que la seule noire à avoir eu l’oscar pour un rôle principal c’est Halle Berry avec un rôle à fond dans le traumatisant.

Il semblerait qu’on ne trouve grâce à leurs yeux que lorsqu’on souffre et qu’on est brisé.es.

Donc arrêtons de croire qu’une Académie composée de vieux blancs va changer. Quand Joker a onze nominations, qu’un film aussi fadasse qu’Irishman et une prestation médiocre de Scarlett est tout ce qui trouve grâce à leurs yeux, il est peut-être juste temps qu’on passe à autre chose…

Venez on se dit on ignore les Oscars voulez-vous ?

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Chilling Adventures of Sabrina : la méchante sorcière noire a encore frappé

Traiter dans une série de thèmes actuels comme la création d’une association féministe ou encore parler de transidentité c’est bien, mais tomber dans les mêmes travers et clichés sur qui doit être la bad witch de l’histoire c’est moins bien.

À croire que faire une bonne série sur la sorcellerie sans diaboliser les femmes noires la pratiquant est mission impossible.

Les séries US ont tendance à projeter une vision eurocentrique de la sorcellerie dans la pop culture : le côté obscur ou démoniaque du culte est toujours réservé aux minorités vaudou , santería & magie noire. Et ce n’est guère surprenant quand on voit que cette diabolisation a commencé avec les esclaves à l’époque de la colonisation.

Si vous croyez au pouvoir des représentations alors vous allez cringer devant le personnage de Prudence Night.

Prudence aka la méchante sorcière est la définition même de la sorcière pratiquant la magie noire.

Ce n’est pas comme si on y était pas habitué, la méchante sorcière noire on la retrouve dans : Salem, Vampire Dairies, AHS, et là Sabrina. Comment voulez-vous ne pas voir apparaître une vision binaire (magie noire vs magie blanche) après le traitement de la sorcellerie à la TV, couplée à la déshumanisation des sorciers afro descendants pour la foi en leurs traditions ancestrales, qui est pratiqué depuis des années ?

American Horror Story l’avait déjà fait avec une vision assez sombre de Marie Laveaux qui est pourtant une figure emblématique de la Nouvelle Orléans.

Et rebelote avec cette méchante Prudence, impardonnable pour une série qui se veut à la fois inclusive et grand public !

Car tout ce que ça donne à penser c’est que ces séries n’ont qu’un seul but : inciter la peur ou la curiosité dans l’imaginaire collectif. Il semblerait qu’il vaut mieux avoir recours aux mêmes modes de procédé avec une narration écrite d’avance.

Rien ne vaut une bonne dose de la méchante sorcière noire. Sur ce point la TV n’a pas beaucoup changé.

Quand à la série Sabrina, je ne l’ai pas terminé et je ne pense pas continuer. Il est probable que le succès qu’elle rencontre, amènera une seconde saison. Vous m’appellerez donc quand la sorcière noire ne sera pas là juste pour mettre en avant la gentille sorcière bien aimée blanche.

L’esclavage c’est so glamour !

La mode, la mode, la mode ! Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu passer des accessoires de mode, et des mise en scène de magazines de mode « glamourisant » l’esclavage. C’est simple, la mode n’a aucun scrupule à mettre en scène un pan de l’histoire de l’humain noir tout simplement parce qu’on ne compte pas.

Pour compter il faudrait déjà qu’on soit humanisé tout simplement. Comme pour Brett Bailey qui nous ressert un zoo humain avec l’argument imparable de : c’est de l’art ! On a droit au même refrain pour les photos de mode.

Excusez-moi de ne pas me vouer corps et âme au sacro saint art et Dieu de la mode. Et pour ma part je ne trouve absolument pas subversif d’utiliser le vécu de gens et le faire passer pour de l’art.

Amnaa Aqeel shooting
Amnaa Aqeel shooting

Analysons cette première photo, des motifs rappelant l’Afrique, un garçon portant un sac et courbant la tête, que faut-il de créativité pour imaginer une scène qui a réellement pu se produire ?  Rectification : qui s’est vraiment produit. Loin de moi l’idée de faire un point Goldwin par facilité mais : imaginez-vous la même scène revenant sur les heures les plus sombres de la Seconde Guerre. Non, hein ? Alors, pourquoi il n’y a aucun scrupule à mettre en scène des noirs comme les esclaves que certains ont été ? Ne méritons nous pas un statut d’humain ?

Prenons un second exemple avec ce shooting représentant une femme blanche assise sur une femme noire faisant office de  meuble, vraiment ?

 Buro 24/7,

Le problème des gens défendant ces shooting racistes, c’est de croire qu’on partage le même passé, ce qui n’est pas le cas. Devons-nous reparler, rappeler à chaque fois les siècles d’esclavages ? Du fait qu’on ai pas la même sensibilité ?

Quand je regarde ces photos, je me dis seulement que j’ai eu le privilège d’être née quelques siècles plus tard. Car en tant que descendante d’une nation d’ancien esclaves, je considère que ce n’est pas s’apitoyer sur notre sort que de demander un tant soi peu de considération pour ce que l’Histoire a été !

Mango

A chacun de prendre sa responsabilité. On ne peut pas nous reprocher sans cesse de « faire le jeu des extrémisss » de ce qu’on ne peut plus rien diiiiiire, quand ceux qui sont piétinés à chaque instant reste les mêmes.

Nèg mawon : l’esclavage et le marronnage

Pour ce billet je parlerai uniquement du marronnage en Haiti. J’utiliserai aussi le terme nèg marron (en créole qui signifie nègre marron)

Parler de l’histoire en Haïti sans mentionner la révolution et l’esclavage est tout simplement inconcevable, comme on ne dissocie pas l’esclavage du marronnage. Il y a une telle fierté d’avoir gagné la liberté par le sang, dans la douleur, et sans concessions aucune. La photo qui illustre ce billet représente le monument au Marron inconnu, un nèg mawon qui est la figure même de l’esclave qui refusait de se soumettre. Cette statue se trouvant en face du Palais national, cela montre la place centrale qu’occupe le nèg mawon dans la révolution Haïtienne. Ici le nèg mawon a une chaîne brisée au pied et tient une machette de coupeur de cannes à la main tout en soufflant pour appeler à la révolte. Sur l’île en cours d’histoire dès le collège on apprend encore aujourd’hui les dates liées au marronnage mais aussi les grands noms de nèg mawon.

On apprend par exemple que le mouvement marron débute à Saint-Domingue avec Padre Jean, première figure connue de nèg mawon qui remonte au XVIIème siècle.

Que contrairement à ce qu’on peut croire, c’est un mouvement parfaitement orchestré. Que les esclaves ont tenté par tous les moyens d’échapper à leur condition par le marronnage, le suicide, l’avortement ou encore l’empoisonnement. Qu’un nèg mawon qui était retrouvé était mutilé : le tendon d’Achille entaillé pour empêcher une autre fuite, l’oreille coupé pour le marquer.

Le fait que le marronnage ai pu jouer un rôle aussi important sur cette île doit beaucoup au relief montagneux qui permettait aux esclaves de fuir plus facilement et se cacher plus longtemps. Les nèg mawon réussirent à vivre en groupes dans les forêts. Réussirent à pratiquer le vaudou et surtout à se réunir.

La cérémonie du Bois-Caïman qui est l’une des plus importantes réunions de nèg mawon eu lieu dans la nuit du 14 août 1791 et est considérée aujourd’hui en Haïti comme étant le mouvement ayant permis la révolution et la guerre d’indépendance. Le fait est qu’il est facile de douter de l’organisation stratégique des nèg mawon, de plus l’histoire fait peu cas d’eux.

J’ai eu la chance d’aller à l’école en Haïti ce qui explique que je m’y connaisse un peu, sur l’esclavage, les nèg mawon et encore, que pour une île. Bon nombre de fois, en discutant avec mes amis racisés ayant vécu toute leur scolarité en France (métropolitaine ou DOM TOM) ce qui revient souvent c’est que les cours d’histoire sur la colonisation et l’esclavage, s’apparentent pour les profs à faire passer la pilule la plus rapidement possible. 

Aujourd’hui je suis fière d’être une descendante de ces esclaves, de ce qu’ils ont pu accomplir ces nèg mawon pour renverser tout un système. Et heureuse qu’ils ne soient pas tombés dans l’oubli. Que quelque part sur un petit bout de terre, subsiste ce devoir de mémoire.