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Nèg mawon : l’esclavage et le marronnage

Pour ce billet je parlerai uniquement du marronnage en Haiti. J’utiliserai aussi le terme nèg marron (en créole qui signifie nègre marron)

Parler de l’histoire en Haïti sans mentionner la révolution et l’esclavage est tout simplement inconcevable, comme on ne dissocie pas l’esclavage du marronnage. Il y a une telle fierté d’avoir gagné la liberté par le sang, dans la douleur, et sans concessions aucune. La photo qui illustre ce billet représente le monument au Marron inconnu, un nèg mawon qui est la figure même de l’esclave qui refusait de se soumettre. Cette statue se trouvant en face du Palais national, cela montre la place centrale qu’occupe le nèg mawon dans la révolution Haïtienne. Ici le nèg mawon a une chaîne brisée au pied et tient une machette de coupeur de cannes à la main tout en soufflant pour appeler à la révolte. Sur l’île en cours d’histoire dès le collège on apprend encore aujourd’hui les dates liées au marronnage mais aussi les grands noms de nèg mawon.

On apprend par exemple que le mouvement marron débute à Saint-Domingue avec Padre Jean, première figure connue de nèg mawon qui remonte au XVIIème siècle.

Que contrairement à ce qu’on peut croire, c’est un mouvement parfaitement orchestré. Que les esclaves ont tenté par tous les moyens d’échapper à leur condition par le marronnage, le suicide, l’avortement ou encore l’empoisonnement. Qu’un nèg mawon qui était retrouvé était mutilé : le tendon d’Achille entaillé pour empêcher une autre fuite, l’oreille coupé pour le marquer.

Le fait que le marronnage ai pu jouer un rôle aussi important sur cette île doit beaucoup au relief montagneux qui permettait aux esclaves de fuir plus facilement et se cacher plus longtemps. Les nèg mawon réussirent à vivre en groupes dans les forêts. Réussirent à pratiquer le vaudou et surtout à se réunir.

La cérémonie du Bois-Caïman qui est l’une des plus importantes réunions de nèg mawon eu lieu dans la nuit du 14 août 1791 et est considérée aujourd’hui en Haïti comme étant le mouvement ayant permis la révolution et la guerre d’indépendance. Le fait est qu’il est facile de douter de l’organisation stratégique des nèg mawon, de plus l’histoire fait peu cas d’eux.

J’ai eu la chance d’aller à l’école en Haïti ce qui explique que je m’y connaisse un peu, sur l’esclavage, les nèg mawon et encore, que pour une île. Bon nombre de fois, en discutant avec mes amis racisés ayant vécu toute leur scolarité en France (métropolitaine ou DOM TOM) ce qui revient souvent c’est que les cours d’histoire sur la colonisation et l’esclavage, s’apparentent pour les profs à faire passer la pilule la plus rapidement possible. 

Aujourd’hui je suis fière d’être une descendante de ces esclaves, de ce qu’ils ont pu accomplir ces nèg mawon pour renverser tout un système. Et heureuse qu’ils ne soient pas tombés dans l’oubli. Que quelque part sur un petit bout de terre, subsiste ce devoir de mémoire.